mardi 18 mars 2008

soirée dacquoise

Soirée des Cartels Dax le Lundi 15 octobre 07

C’est après beaucoup de réflexion que je me décide à essayer de retranscrire les effets produits lors de cette soirée.

Il m’est évident qu’un témoignage qui arrive si tard n’a que très peu, voire pas d’intérêt du tout. Alors pourquoi le faire ?

Mettre en évidence la complexité des textes de Lacan, la vigueur du cartel et de ses points d’impasse, les contrecoups des questions …. Tout simplement la mise en lettre d’une grande envie de participer à cette expérience qu’est le cartel.

Voici donc comment j’ai vécu cette réunion.


Soirée extrêmement dense, où le produit du travail individuel et collectif du cartel dacquois, en phase avec le cartel de Bordeaux sur le séminaire d’Un Autre à l’autre, a été tellement riche qu’il aurait fallu plusieurs soirées pour venir à bout des thèmes que chacun souhaitait aborder.

Ne faisant partie ni de l’un ni de l’autre, c’est en tant que lecteur de Lacan directement concerné par la psychanalyse, l’analyse, que je suis venu.

Lire Lacan en solitaire, en extraire l’alcool, hors de portée pour moi, la solution est de participer au collège clinique. C’est pourquoi en 2006 2007 j’ai suivi la formation au collège clinique de Bordeaux sur ce séminaire.

Pour suivre ma pensée il faut que je pose certains repères que j’ai saisi lors du premier rendez-vous avec Lacan.

Lacan nous a été présenté avec un passé. Passé d’étudiant ayant suivi les cours du philosophe Kojève, cours qui l’ont profondément marqué dans son œuvre et sa vie, le Désir et ou Le discours du maître.

Les questions sur le désir ont très vite surgi de façon claire ou plus voilée ; la délocalisation de la jouissance, le langage….. désir, ah désir quand tu nous tiens, désir de savoir, de comprendre, de jouir…….

Pourquoi ne pas essayer d’aborder cela, avec comme angle de perception, ce fameux rapport du maître et de l’esclave, Pascal, avec son pari mise sur l’existence de Dieu (ou sur le rien), La Boétie dans la ‘’Servitude volontaire’’ posait lui aussi la question de l’aliénation du sujet et des mécanismes que celui-ci utilise pour la soutenir. Je crois que c’est là que Lacan, dans son génie et l’utilisation qu’il fait « du discours du maître », retourne le discours non plus du maître vers l’esclave mais vers un sujet qui ne serait esclave que de sa propre jouissance. Et c’est là qu’il met à jour, qu’il détricote le tissu de l’existence en utilisant ce qui relie qui unit le voile recouvrant le trou d’un savoir insupportable, fruit de ce que chacun d’entre nous aura vécu, différemment et toujours pareil, et ceci depuis la première bouffée d’oxygène. L’objet (a) est là pour conduire celui qui accepte d’en reconnaître la place et sa propre aliénation, provoquant une dépendance du sujet grâce à un plus-de-jouir (belle démonstration avec Marx pour sa plus-value). Il y a là me semble t-il la relation du maître et de l’esclave. Maître et esclave une relation entre deux concepts, quelque chose qui migre d’un vers l’autre, d’un Autre vers l’autre, Une fois ne suffit pas, il faut que la chose se répète que le sujet y trouve son compte, son plus-de-jouir, jouissance mortifère, S1 S2, le bal des signifiants peut commencer, le plus-de-jouir est comme la musique sitôt qu’elle s’arrête c’est le silence et le vide, impossible à saisir, il faut recommencer, répéter.

Ces quelques lignes sont tellement réductrices, je le sais, mais suivre Lacan dans cette métaphore du discours du maître et de l’esclave, c’est aussi cerner dans la structure du sujet un manque , la réalité d’une carence, d’un état carentiel du sujet, et sa façon de libidinaliser cette carence. Je suis un être en carence, donc castré, mon seul savoir est celui-là.

S’inscrire dans ce savoir là, le travailler avec tout ce que cela implique, participer à un cartel, ceci est peut être tout simplement une lettre de motivation .


Christian Dupouy


dimanche 10 février 2008

l'ombre de l'ombre d'une idée, même.

...surfer sur la vache folle ...

La répétition, ici, aujourd' hui? Une forme de protestation, sehr geherten Professor Freud; c'est-à-dire, eh oui, même constat, on en prend d'autres, et l'on continue, l'on approfondit...



(Didier Kuntz 21 Juin 1996)


Quelques semaines sans s’informer sont sans doute une folie que l’on peut rarement se permettre à notre époque, il n’en reste pas moins qu’il est impossible d’être totalement coupé des images et rumeurs ; le passé récent ressemble alors à l’un de ces rêves mauvais, particulièrement oiseux, pas loin du cauchemar, dont on se souvient parfois après un sommeil de plomb . Comme les rêves, cela s’analyse, cela révèle les désirs et complexes cachés, il est particulièrement tentant de mettre en rapport les bribes restantes et d’associer librement, pour voir où ça mène ... si cela permet de mettre au jour une organisation cachée, une cohérence subliminale aux charmes surréalistes ...

Alors avant de partir en vacances, encore quelques petits mots sérieux pour lever le nez des copies d’examens avant que la publication des résultats en ait à nouveau rompu le charme.

Ce dont il me souvient, donc, après ces quelques semaines loin des médias, c’est un melting-pot tournant autour des vaches folles, un vrai délice de cuisine politique française, pas loin de la sarabande de sorcières; l’austérité seule des objets en cause nous sépare du délire érotique que toute cette histoire évoque à tour de bras .

Ainsi donc quelque chose d’imprécis a changé en France depuis les lustres du nouveau pouvoir, nouvelles méthodes, nouveaux moyens, comme il se doit, puisque la sémantique permet d’appréhender la pensée collective, pourquoi ne pas gouverner à l’aide du déplacement freudien ? Ainsi avons-nous vu les Français dupés de ce tour de passe-passe qui est venu sublimer la vache enragée en vache folle: autres mots, autres remèdes . S’il n’est pas facile de leur proposer autre chose à bouffer, on peut du moins leur retirer la viande du plat .

Il n’est pas difficile de constater la surdétermination qui fait de la vache folle un chiasme où viennent se croiser les fils conducteurs de la vie politique et de souligner comment son traitement forme un véritable remède de cheval pour les calamités qui nous rongent . Soit dit en passant, qui s’étonnera que la métaphore se joue sur le terrain agricole, puisqu’elle est destinée à stigmatiser le style du président Chirac, qui a testé autrefois sur ce terrain les méthodes d’action avec lesquelles il a longtemps séduit l’opinion ? Ces méthodes, nous devons en saluer le charme poétique, puisqu’elles tirent leur incontestable efficace du travail du verbe dans les images collectives...

Passant de la vache folle à la vache enragée, celle-ci faisant oublier celle-là, on soulignera le lien subjacent entre l’apparition de la rage bovine et la baisse des crédits perpétuellement reconduite de l’Institut Pasteur, auquel je dois une partie pas nécessairement négligeable de ma formation, ce qui est une raison suffisante pour dénoncer l’inefficacité de la baisse de crédit pour en améliorer le rendement: on voit là clairement un résultat . Si l’économie réalisée a pu permettre de financer les balles avec lesquelles les vaches ont été spectaculairement abattues, on remarquera également que la prévention ainsi réalisée permet une solide économie en amont du déficit à venir de la sécurité sociale . La suppression des lits a vraisemblablement atteint sa limite, surtout en ce qui concerne ceux des hôpitaux psychiatriques, comme en témoigne l’apparition de cette histoire proprement délirante .

Puisque maintenant les vétérinaires font de la prévention à l’aide des tireurs d’élite que leur a adjoint une armée en pleine mutation, -au moins là on en a pour son argent-, je profite de la transition pour parler de la prévention du sida . L’on n’imagine pas à quel point sont proches ces thématiques, si l’on oublie la proximité phonématique des vaches avec le V.I.H.; que voilà donc un traitement de rêve (et je pèse mes mots), pour un problème dont on ne voit pas le bout, puiqu’il y a, paraît-il, des difficultés à se suffire d’un numéro vert pour résoudre le problème: pourquoi alors ne pas en fonder un deuxième ?

Un monceau de cadavres de vaches empilées, rassemblées à renfort de bulldozer, des vaches menées au bull-dozer, voyez comment l’on vous montre la vache menée au taureau, comme est morbide la métaphore qui adjoint à la vache une rustaude mécanique humaine; et comme il n’y a qu’un pas du bulldozer au taureau, du taureau à la vache, de la vache au V.I.H., du V.I.H. à l’homme, et de l’homme au singe vert: métaphore d’amour et de mort où la vache a fini de rire . Cela est-il destiné à nous signifier qu’il vaut mieux abattre que de se laisser abattre ? A moins qu’il s’agisse, en matière d’amour, d’un phantasme d’abattage ?

Toujours est-il qu’avec les vaches anglaises est arrivée tout naturellement la question de l’origine . Les psychanalystes savent depuis longtemps quel lien cette question entretient avec le phantasme primordial où le sujet imaginarise sa propre apparition . Pour en revenir à la surface du problème, puisque je suis dans l’étendue, (pour ne pas dire dans les temps durs), il faut remarquer qu’aucun doute ne saurait entacher l’origine française même bovine, et que l’anglais a longtemps été, dans l’imaginaire français, la figure ambivalente de l’ennemi auquel on s’allie de temps à autre depuis la guerre de cent ans, en un mot le rival amoureux . Il suffit de remarquer les défenses que mobilise l’immixtion des langues, pour faire oublier le rapport particulier, si ambigu, du chef de l’état actuel à l’Angleterre, ce qui est au fond assez gaullien . Qu’on tue donc les vaches anglaises pour garantir les nôtres ...

Or donc, depuis peu, chez mon épicier arabe, est apparu ce panonceau stupéfiant, qui garantit l’origine purement française de la viande de boeuf ! Quand je dis épicier arabe, j’ai d’ailleurs l’impression de commettre un pléonasme, qui est la seule alternative à la concentration des chaînes de distribution alimentaire . Ce panonceau a le mérite de remettre à sa vraie place la garantie de l’origine; seul un électrochoc de cette nature peut déplacer la folie de l’origine, du moins pour un temps: l’emploi des électrochocs en psychiatrie, lorsqu’on ne fait plus confiance aux vertus de la parole, a mis en évidence le peu de cas qu’on y fait du sujet, pour qui c’est toujours une meurtrissure de plus ... Et l’on en vient à se demander si cette rhétorique de pouvoir n’est pas plus dangereuse qu’un traitement symptomatique des problèmes, où l’on ne chercherait pas à les résoudre par le cadavre exquis des vaches transformées en boucs émissaires des angoisses françaises . La méthode est efficace et assez charmante pour calmer les esprits en leur offrant un support imaginaire incontestablement adéquat, puisqu’il exorcise jusqu’aux vieux échos de mort-aux-vaches en les figurant dans une mise en scène somptueuse (pour ne pas commettre un somp-tueuse), mais elle ne s’attaque pas à la cause du malaise dans la société, -il faut bien laisser une petite chose aux analystes, n’est-ce pas ?


La France d’aujourd’hui, lorsqu’on scanne sa rumeur, semble bien gouvernée par un émule de Frédéric Dard; on ne contestera pas que c’est préférable à la politique du père Ubu: l’image des coups assenés n’est sans doute pas moins ravageur que les coups eux-mêmes, objectera-t-on; la pensée qui s’insinue en moi me dit que l’image de coups est plus évocatrice pour celui qui en a été la victime . Et peut-on encore se permettre une mauvaise pensée dans un pays terrassé de trous, infecté de peste brune, mais aussi en pleine révolution rampante ?


mardi 8 janvier 2008

idéal...

Le psychanalyste idéal

par Laurent Le Vaguerèse

C’est un homme dans la force de l’âge comme on ne dit plus. Cela pourrait-il être une femme ? Je ne sais pas. Il est certes le plus souvent parisien, mais il peut aussi habiter une ville de province à condition qu’une université lui ait ouvert ses portes. La rive gauche lui convient assez bien. Une pointe d’accent étranger aussi. Il parle avec une certaine affectation, mais sans excès. Il a derrière lui une longue carrière universitaire. Il parle allemand couramment et lit Freud dans le texte. Bien sûr il a une connaissance approfondie de l’hébreu et du grec ancien dont il orne ses écrits, négligeant le plus souvent d’en donner une traduction. Chez lui, tout est calme luxe et volupté… et silence sauf lorsqu’il écoute de la musique classique. Au mur, on aperçoit quelques tableaux anciens et d’autres modernes qu’il vient d’acquérir car il fréquente les galeries. La littérature est son domaine et son dernier article porte précisément sur un ouvrage dont seules quelques personnes avec lui, dont ses intimes auxquels il a parlé lors d’un dîner, ont eu connaissance. L’argent ne l’intéresse pas et d’ailleurs ses tarifs sont si variables que même le plus démuni peut s’adresser à lui. Il lui donne volontiers la priorité lorsque la salle d’attente est pleine ce qui stupéfie et irrite quelque peu ses autres analysants ainsi que les nombreux analystes qu’il a en contrôle et qu’il fait patienter. Il tient un séminaire tous les 15 jours dans une salle que son association met à sa disposition. Durant les séances, il est le plus souvent muet, cultivant le désêtre à la perfection. Parfois il lâche un soupir, un borborygme, ou bien une phrase dont lui seul possède la clé. Il a écrit de nombreux ouvrages et possède lui-même une bibliothèque remplie de livres rares. Il ne prend que rarement des vacances car celles-ci sont occupées par des congrès à l’étranger où il occupe une place officielle. Il n’est jamais malade et se demande parfois en soupirant s’il mourra un jour.

Ne cherchez pas à mettre un nom sur ce portrait imaginaire, cet homme, cette femme n’existe pas. Ou du moins, n’est-il que partiellement incarné dans tel ou tel rescapé de la période héroïque. Il a cependant vécu longtemps dans la tête de certains de mes collègues de la génération post 68 et sans doute aussi dans la mienne. En ces temps anciens, aujourd’hui voués aux gémonies, les facultés de Censier, de Vincennes, de Nanterre produisaient un nombre considérable d’étudiants en psychologie formés par des psychanalystes et qui rêvaient de ressembler au portrait que l’on vient de décrire. Ils étaient accompagnés par des étudiants en médecine qu’ils côtoyaient au séminaire de Lacan, de Barthes, de Foucault, de Mannoni, Leclaire, Safouan, Lebovici, Diatkine, Clavreul, Dolto et de bien d’autres encore. Belle époque s’il en fut et qui sans doute, dans le paysage d’une France sarkobruniesque a de quoi faire naître une certaine nostalgie.

Le quotidien de tous ces jeunes gens, s’il était ainsi enluminé, n’était pas rose pour autant car ils devaient se coltiner les dispensaires de banlieue, les hôpitaux psychiatriques aux structures moyenâgeuses, les trains de province qui les emmenaient au fin fond de la France profonde. Quant à leurs rémunérations, elles ne gonflaient pas vraiment leur compte en banque. Parfois ils s’arrangeaient avec les salaires de misères que l’administration leur accordait chichement en passant des accords furtifs avec tel ou tel responsable. On faisait un peu moins d’heures que celles marquées au contrat. Cela payait le train et les longues heures de transport. Beaucoup en avaient honte mais préféraient cette supposée clandestinité, cette marginalité apparente à celle d’un statut social correct et reconnu. Comment comprendre cette attitude sinon en tenant compte de la distance sidérale qu’ils pouvaient alors percevoir entre leur situation et celle de cet analyste idéal qui leur emplissait la tête. Se battre pour de meilleures conditions de travail et de rémunération ? Inscrire ces avancées dans le marbre d’un contrat ? Il aurait fallu pour cela redescendre les quelques marches qu’ils avaient semblé gravir vers les sommets de l’analyste idéal. Etre dans cette pseudo marginalité, dans cette situation précaire, leur apparaissait susceptible de les rapprocher de ce qu’ils croyaient être la nature même de la pratique psychanalytique, pratique qu’ils pensaient confusément dévoyer en se coltinant le social, en étant analystes loin du cadre de la cure classique, loin de l’image et du statut auquel ils assimilaient peu ou prou la pratique analytique.

Peu à peu, c’est pourtant cette figure de l’analyste qui s’est imposée dans la réalité, aux antipodes de cette figure mythique. Il en est résulté une vivification des structures de soins ainsi que des structures sociales, de tout ce qui concerne la pensée dans ce pays. Aujourd’hui, cette génération laisse peu à peu la place à la suivante dans un paysage marqué par le recul de la pensée et par la mise à mal des accords verbaux qui faisaient que malgré un salaire horaire ridicule, la vie était quand même possible. Désormais, le psychanalyste est le plus souvent dans cette position de l’intellectuel précaire si bien décrit dans un livre récent. Il n’a guère le temps pour apprendre le grec ou l’hébreu, mais il a une connaissance de la réalité sociale que leurs aînés étaient loin de posséder. Ils représentent aujourd’hui la psychanalyse dans sa réalité, plongée dans le social, l’éducatif, les consultations pour enfants en déshérence, les placements en famille d’accueil, etc. Il est familier de la réalité virtuelle d’Internet, du Mp4 et des jeux vidéos, de l’herbe et de la violence dans les lycées et les banlieues. Il subit comme chacun et s’interroge aussi sur l’immigration et se frotte à des cultures qu’il ignorait jusque-là. Bref, il se coltine la misère sociale dans toutes ses composantes et lui-même s’en trouve marqué. Certes la pratique libérale n’a pas disparu, certes on peut encore faire une analyse trois ou quatre fois par semaines et espérons que cela sera encore possible longtemps. Mais la figure du psychanalyste a profondément changé. Elle s’est aussi enrichie de connaissances et de problématiques nouvelles tout de même assez éloignées, en particulier au niveau du cadre, de la cure classique. Les débats dans les colloques et les revues commencent timidement à faire état de ce savoir. C’est aux uns et aux autres que le site oedipe s’adresse pour que le nouage puisse se faire entre les générations. Car c’est aussi cela, la transmission de la psychanalyse.

Laurent Le Vaguerèse

lundi 17 décembre 2007

de l'hélicon...

Dites du mal de la psychanalyse, il en restera toujours quelque chose...


Jusqu'au bout j'ai lu "L'élégance du hérisson";, second "roman" (?) de Muriel Barbery

Ayant récupéré tout le calme nécessaire pour en parler sans excès inutile je dirai que ce livre est un bel exemple de ce que n'est pas (ou ne devrait jamais être) la littérature : un gâchis hâtif de talent.

N'ayant pas lu le précédent récit de M. Barbery, je ne puis que supposer qu'elle a été victime d'un succès trop facile, trop précoce ?

Je n'ai jamais donné ( dans des supports publics) dans la critique négative, féroce ou pas et si j'écris ce billet c'est parce que j'avais d'abord été séduit par une certaine fraîcheur d'écriture chez cet encore jeune auteur et que je l'avais conseillé à quelques amis.C'est donc afin d'amender un avis d'abord favorable.

Au fil des pages les soupçons se sont transformés en certitudes. Cet écrivant, sans doute doué, accumule les travers. Comme si l'inspiration venait à défaillir, le texte vient à hésiter entre le conte philosophique, le roman ou l'essai. D'un pas désormais malhabile l'intrigue déambule, enfant aux premiers temps de la marche ou homme ennivré, c'est comme l'on voudra.

Le plus grave est sans doute d'utiliser sans précaution un style précieux aussi inutile qu'inadapté. Afin de souligner le contraste entre l'apparence du personnage principal et les trésors de délicatesse qu'il recèle l'auteur a choisi de lui faire tenir des propos recherchés, un tantinet maniérés. Le procédé d'abord comique devient vite très indigeste.

Le second travers est de verser dans le moratoire moral le plus accablant : "Tous des cons et des salauds sauf moi et ceux que j'aime". Il y a du Robespierre dans ces harangues contre la connerie. Et c'est ainsi que de la sympathique critique nous glissons vers le réquisitoire.

Le troisième est d'avoir complètement bâclé les personnages principaux qui, du coup, naviguent, effigies inconsistantes, dans des limbes narratives aussi improbables qu'eux.

Quel génie de conteur n'aurait-il pas fallu, d'ailleurs, pour dresser en si peu de pages une intrigue acceptable entre des personnages si nombreux. Reconnaissons une aisance à imaginer qui n'est cependant rien sans le travail nécessaire à l'incarnation crédible.

Le quatrième est d'avoir abusé jusqu'à l'impudeur du terme "intelligent", gaucherie que je retrouve, hélas, dans un petit essai où il est plus logique mais pas pour autant excusable : "La bêtise s'améliore" de C. Cannone dont j'avais beaucoup apprécié les propos sur FQ. Dommage.

Muriel Barbery s'est crue obligée de multiplier les charges contre la psychanalyse au travers des mœurs qui justement n'ont pas grand chose à voir avec elle. Si ce n'était si banal il serait presque comique de constater qu'une si ardente recherche d'originalité sombre dans une critique aussi niaise, caricaturale que banale.
La justesse des remarques plutôt acides faites l' encontre d'un praticien pervers enlisé dans son confort, ont le très grave inconvénient de valoir comme des généralisations abusives comme celles sur lesquelles s'est écrit le bien trop fameux livre noir.

Je crains que ce ne soit l'une des raisons de son succès ....

Bref je suis sidéré que "Le prix des libraires " ait été accordé à un ouvrage aussi mauvais.

Alain Dufour

dimanche 16 décembre 2007

tuba basse

Le Noël du père. (conte)

À toutes celles

et tous ceux

qui m'ont raconté des histoires,

à commencer par ma mère.

Et à Romane,

avec ses jumelles

en bouteilles de lait.


Il était une fois un petit Noël dont le père louchait et avait de très grandes dents. Tous ses copains à l'école se fichaient d'eux, vous pensez bien. « Tu as ta louche, Noël », qu'ils lui glissaient quand son père venait le chercher devant la porte. « Ratiche Lapin est venu chercher son petit Noël », qu'ils disaient dès qu'il se mettait à neiger. En effet comme si ça ne suffisait pas d'avoir de grandes dents, (ce qu'ils avaient tous plus ou moins dans la famille Lapin), les Lapin s'appelaient Lapin, alors avec les ratiches, on ne les loupait pas non plus. Comme si s'appeler Lapin vous montait aux dents! Et ça y allait, « Monsieur Karott, où as-tu mis tes fanes ? », -dès qu'il se faisait couper les cheveux.



Bon, ça allait comme ça allait, on avait l'habitude chez les Lapin de mettre son anxiété en cage et le petit Noël à son papa ne se mettait pas en colère. Il pensait que ça s'arrangerait au collège, ce en quoi il se trompait lourdement, juste les thèmes qui avaient changé. Après que le professeur de français leur eut fait lire « le passe-muraille » de Marcel Aymé, ils le charriaient en lui glissant « garenne, garenne, poil de laine », chaque fois qu'il rentrait dans une classe ou qu'il en sortait. Enfin bref le petit Noël en avait quand même marre, il cherchait sa voie.



Un soir de décembre alors qu'il faisait ses achats avec son papounet, qui s'était laissé pousser la barbe et s'habillait en rouge pour qu'on ne le remarque pas, alors qu'ils étaient tous les deux déjà bien chargés, les bras pleins de cadeaux, le petit Noël devenu un peu grand laissa son papa cinq minutes à la porte d'un magasin pour aller chercher le dernier cadeau, le cadeau de Noël à son papa.





Le papa de Noël il était harassé, heureusement, il y avait une chaise devant le magasin, alors, il s'assied avec ses cadeaux dans leurs sachets platiques qu'il pose par terre, enfin sur le goudron, quoi. Et là, ni une ni deux, un tout petit enfant très pauvre mais bien propre et mignon parce que ses parents l'aimaient bien, le voit, il ne parlait pas très bien encore, il reconnaît le père caché sous la barbe et ses habits rouge homard, et crie en le montrant du doigt, « papa Noël, père Noël! ». Monsieur Lapin qui s'appelait Marcel, Marcel Lapin, très embêté, déjà tout rouge dans ses habits rouge homard rougit encore dans sa barbe blanche, attrappe le petit Nicolas, (eh oui, c'était le petit Nicolas de Sempé, ce n'est pas tellement vieux cette histoire), il le pose sur ses genoux, plonge la main dans un sac plastique, saisit un paquet et le lui refile en disant « tiens, tiens, prend ça », il lui donne un cadeau, peut-être pas le plus beau mais enfin un cadeau pas mal, quand même.


Et le petit gars, là, tout content, regarde sa mère qui lui sourit, regarde son père qui rigole franchement, regarde le père de Noël, lui encore très rouge mais se croyant tiré d'affaire, mais c'est là que le petit Nicolas et ses parents se mettent à crier pas du tout discrètement, « Merci, père de Noël, merci papa d'Noël ! ». Et puis voilà, vous connaissez la suite : il y a un gars à côté d'eux qui s'en mêle et qui commence à chanter « petit papa d'Noël, quand tu descendras du ciel », complètement à côté de ses pompes.


Et bien voilà, vous connaissez maintenent toute l'histoire de Noël, comment ça a commencé toute cette folie au milieu de la fête des Lumières. Ce fut le premier Noël du père de Noël. Et quand Noël sortit enfin du magasin, tout le monde s'exclama, « Noël, c'est Noël, on va acheter un Lapin de Noël ! ». Comme dit LLV, voili voilà.


Didier Kuntz

15/12/07